ervice atholique de la atéchèse, du atéchuménat et de l’enseignement religieux – ribourg

Sacralité et sainteté

UN PRÉCIEUX PETIT LIVRE À LIRE OU À RELIRE ET À FAIRE LIRE
PAR LES TEMPS  ET LES DÉCLARATIONS QUI COURENT.

« Tout se passe comme si on avait confondu sacralité et sainteté. Pour le chrétien, rien n’est sacré mais tout est sanctifiable. Il est alors urgent de redécouvrir que si la sainteté est foncièrement chrétienne, la sacralité, elle, est une notion païenne, appartenant au fond archaïque de l’humanité, sorte d’inconscient collectif qui résiste à l’évangélisation. Les religions premières, au sens où on parle des « arts premiers » se sont efforcées d’exorciser le sacré et de le réguler. Le christianisme, lui, le débusque et le récuse au nom du Dieu de l’Alliance et de l’Incarnation. Notre Dieu ne se tient pas et ne nous tient pas à distance. Il est celui qui s’approche de l’homme (Deutéronome 4, 7)

Alors que, par sa sainteté, le Dieu unique nous sanctifie, dans le sacré, les dieux multiples marquent leur distance afin de mieux dominer, et de mieux conforter le pouvoir de ceux qui dominent. Il y a ainsi une fonction politique du sacré : il sacralise le pouvoir et le rend, lui aussi, intouchable. Les empereurs romains sont peu à peu « divinisés », d’abord après leur mort, puis de leur vivant. Pharaon, en Égypte, a besoin de son clergé pour régner, mais aussi les rois de France, dont le « sacre » à Reims devient quasi-sacrement.

Alors qu’on révère le Sacré de très loin avec crainte et tremblement, la sainteté nous appelle et nous attire. Nous supplions : « Viens, Esprit de sainteté ! » C’est le péché qui s’oppose à la sainteté, pas le profane, pas la création sortie des mains de Dieu.

Rien, pour nous, n’est plus profane. Le travail des hommes n’est plus profane, contrairement à ce que pensaient, dans les années 1950, ceux qui admettaient qu’un prêtre puisse enseigner les mathématiques mais qui se scandalisaient de le voir travailler « de ses mains consacrées ». Le pain des hommes n’est jamais profane, ni la vie des hommes, ni l’amour humain, puisque tout cela est don de Dieu.

S’il arrive, que dans le christianisme, on parle d’hommes de Dieu ou de temps et d’espaces pour Dieu, ce n’est pas pour les mettre à part d’un univers profane, sans Dieu, mais pour signifier, rappeler, manifester la présence universelle de Dieu. Comme le clocher au milieu du village ne signifie pas que Dieu est assigné à résidence dans le bâtiment église mais rappelle qu’il habite toutes les demeures des hommes. Le pouvoir, l’argent, la sexualité ne sont pas profanes puisqu’ils nous sont donnés pour vivre le partage et la communion. Pas profanes, mais toujours menacés d’être profanés, lorsque nous les détournons de la vocation.  Et nous profanons ces réalités saintes précisément en les sacralisant et en en faisant des idoles. Le risque existe même pour des objets religieux qui capteraient, retiendraient pour eux l’adoration réservée au Dieu unique. » p.63-65